En matière de cleantech, où en sommes-nous aujourd’hui?

Après une phase d’émergence initiée autour de 2010, nous sommes actuellement en pleine phase de consolidation et nous devrions assister, dès l’année prochaine, à une accélération du déploiement de diverses innovations.

De nombreuses innovations suisses sont régulièrement à la une des journaux, on pense ainsi à Solar Impulse ou à PlanetSolar. Quel rôle la Suisse peut-elle jouer dans le déploiement des nouvelles technologies?

Notre pays montre sans aucun doute que l’impossible est possible et que les technologies s’appliquent déjà parfaitement sur le terrain.

La Suisse représente une incroyable vitrine de démonstration grandeur nature pour les applications, installations et services soutenant la transition énergétique et les défis liés au changement climatique. Les solutions existent déjà, il s’agit juste d’en prendre conscience, et pour cela rien de mieux que de pouvoir les voir, les toucher…

Le déploiement des innovations ne peut se faire que si elles sont abordables et qu’elles répondent à un véritable besoin des utilisateurs.

Vous avez entièrement raison. Les nouvelles technologies deviendront abordables si elles sont produites en masse. Il convient donc d’être le plus proche possible du besoin réel du client quitte à abandonner certaines options et à se concentrer uniquement sur celles jugées indispensables.

Autrement dit, il faudrait parvenir à créer la «Swatch des cleantechs», c’est-à-dire des solutions innovantes, robustes, de qualité irréprochable, mais n’ayant pas forcément une large palette de fonctionnalités, souvent inutiles, afin de rendre leur prix abordable.

Jusqu’à présent, les technologies étaient relativement isolées, assiste-t-on aujourd’hui au développement de synergies entre elles?

Les interconnexions sont de plus en plus nombreuses et renforcent les différentes innovations qui se nourrissent l’une et l’autre. Prenons l’exemple des sociétés Solaxess et HOOC.

Solaxess a développé une technologie qui permet la production de panneaux photovoltaïques blancs ou colorés, une spécificité indispensable pour la réalisation de façades dites actives, produisant de l’électricité.

Solaxess propose ainsi de véritables éléments de construction permettant de transformer un bâtiment en centrale énergétique. Si on combine cette innovation à celle développée par HOOC qui permet de disposer, quasiment en deux clics, d’un accès à distance sécurisé via internet, on obtient un formidable outil à disposition des régies qui peuvent gérer leur parc de bâtiments de manière centralisée.

Elles peuvent ainsi gérer leur future production d’énergie ainsi que les équipements techniques de leurs bâtiments sans avoir besoin d’être sur place.

Quels sont les instruments à disposition de notre pays pour assurer le déploiement de ses innovations?

Nous avons de très nombreux moyens pour assurer leur promotion et utilisation que ce soit au niveau de la recherche et développement mais aussi en ce qui concerne l’adoption de projets pilotes.

Pour qu’une innovation puisse se déployer à large échelle, il faut absolument favoriser les projets pilotes à l’étranger. Il devient urgent d’encourager l’analyse de «business cases» sur place, afin de déterminer si le lancement d’une technologie, dans une région donnée, fait du sens d’un point de vue économique et commercial pour la PME.

N’ayons donc pas peur de nous lancer à l’étranger et ne nous limitons pas à dire que la Suisse ne peut avoir une politique industrielle ciblée sur certains marchés.

Quel sera l’impact du déploiement des nouvelles innovations sur notre économie?

Il sera indéniablement positif. Si l’on prend en compte qu’aujourd’hui, il y a plus de PME actives dans le domaine de l’efficience énergétique que dans celui des traitements de l’eau, des déchets et de la mobilité réunis, alors que pour les start-up c’est totalement l’inverse puisqu’elles s’investissent justement dans ces domaines et dans celui des énergies renouvelables.

Nous aurons, d’ici 5 à 10 ans, un tissu économique beaucoup plus résilient aux contraintes économiques en raison d’une forte diversification de ce dernier.

Et l’humain dans tout cela? A-t-il encore un rôle à jouer?

Oui, absolument et plus que jamais. L’humain reste au cœur des préoccupations même si la technologie évolue très vite. C’est d’ailleurs tout l’esprit des smart cities où le citoyen se réapproprie l’espace urbain, justement grâce à l’exploitation ciblée des grandes quantités de données générées par les nouvelles technologies.

Il faut bien garder à l’esprit qu’elle ne résout pas tout mais qu’elle nous permet d’ouvrir des portes que l’on n’imagine même pas aujourd’hui... si on sait raison garder naturellement.

Et à l’aube des bonnes résolutions de 2019, on a tout pour se donner les moyens d’y arriver…