Une importante conduite de gaz est actuellement en cours de construction entre la commune de Trélex au-dessus de Nyon et celle de Bellevue, lieu-dit Colovrex, dans la banlieue sud-est de Genève. Réalisé sur un tracé de 24 kilomètres, ce nouveau gazoduc a pour objectifs de répondre à la croissance de la demande en gaz naturel qui a augmenté de plus de 50% ces dix dernières années dans la région genevoise ainsi que de sécuriser l’approvisionnement de l’ensemble de la Suisse occidentale. «Jusqu’à maintenant, nous approvisionnions le territoire genevois par trois conduites dont une qui passe sous le lac Léman et deux qui viennent de France; il était nécessaire de prévoir une redondance et d’augmenter la capacité de transport de gaz naturel», détaille Gilles Verdan, directeur adjoint de Gaznat qui exploite et surveille environ 600 kilomètres de conduites souterraines de gaz naturel en Suisse occidentale depuis plus de quarante ans.

Cette nouvelle conduite de gaz naturel viendra ainsi se greffer au réseau romand existant, lui-même relié à deux artères de transport de très grandes capacités, l’une traversant la Suisse centrale du nord au sud (appelée Transitgas), l’autre dans la plaine du Rhône en France. Ces conduites constituent les veines essentielles d’un système de pointe qui se prépare à un boom important à l’occasion, entre autres, de l’arrêt du nucléaire et de la mise en service de centrales à gaz naturel pour la production d’électricité. Au niveau mondial, les gazoducs constituent un grand réseau d’autoroutes, d’une longueur de 900’000 kilomètres. Les distances parcourues entre le gisement et le point de consommation peuvent aller au-delà de 4’000 kilomètres. En Suisse, des contrats de livraison de gaz, notamment à long terme, ont été conclus entre autres avec de grands opérateurs en Allemagne, en France et aux Pays-Bas.

Du macro au micro

L’avantage non négligeable du nouveau gazoduc valdo-genevois est la possibilité d’y créer de nouvelles étapes pour alimenter des réseaux de distribution locaux, voire aussi de développer la distribution de gaz naturel dans de nouvelles régions. C’est le cas, par exemple, du poste de livraison qui sera créé spécialement pour les services industriels de Nyon. «Concernant le tracé terrestre, ce dernier a été essentiellement dicté par un choix multicritères, dont notamment la prise en compte des impératifs écologiques (minimiser les passages en forêt et sous les cours d’eau, etc.). Lors de sa réalisation, une attention toute particulière a été portée à la protection des sols, dans un but de garantir la fertilité des sols à long terme. Différents endroits vont faire encore l’objet de renaturation» raconte le directeur adjoint de Gaznat. Il a également été nécessaire de traiter quelques oppositions de propriétaires de terrains agricoles, dans le cadre de séances de conciliation menées par l’Office fédéral de l’énergie, office qui a approuvé le projet en septembre 2011. 

Minimiser les risques

L’itinéraire de la conduite a été pensé de manière à éviter aussi les zones fortement peuplées afin de réduire les risques d’accidents et donc les conséquences sur la population. Il est d’ailleurs visible à l’air libre grâce à son signalement au moyen de balises orange installées à intervalles réguliers.  Ensuite, le centre de surveillance et de conduite de Gaznat, entièrement informatisé, permet de suivre le fonctionnement de l’ensemble du réseau en temps réel. Enfin, une équipe vérifie physiquement l’environnement de l’ensemble du tracé, une fois par semaine. Cela dit, pour Gilles Verdan, le vrai défi est tout autre: «La principale situation problématique qu’il faut que nous prévenions serait un problème lié à la sécurité d’approvisionnement.» Pour ce faire,  Gaznat dispose notamment de capacités de stockage en cavités salines en France, dans la région de Bourg-en-Bresse, de même que 5 points d’alimentation pour assurer l’approvisionnement de son réseau. Si on ajoute à cela la redondance des points de livraison avec systématiquement deux, trois voire quatre conduites pour chaque grand centre urbain ainsi que la diversité des sources, la sécurité d’approvisionnement semble aujourd’hui optimale. Il ne reste donc maintenant plus qu’à continuer de développer l’ensemble de l’infrastructure afin d’anticiper de dix ans les virages énergétiques en Suisse et dans le monde.