Le couplage chaleur-force, c’est-à-dire la production combinée d’électricité et de chaleur, est un enjeu majeur de la réussite du tournant énergétique décidé par le Conseil fédéral. Ce procédé offre, en effet, une utilisation optimale du combustible, avec un minimum de perte. Le gaz naturel permet un tel système de production. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui en fait un élément essentiel de la sécurité d’approvisionnement énergétique et de la production d’une énergie respectueuse de l’environnement. «Le gaz naturel a un rôle important à jouer dans la réduction des émissions de carbone. D’abord par le remplacement des hydrocarbures puis avec le développement du biogaz ou du gaz de synthèse neutres en émission de CO2», explique René Bautz, directeur général de Gaznat, la société qui assure l’approvisionnement et le transport du gaz naturel en Suisse occidentale. En effet, le gaz naturel est un hydrocarbure non toxique, composé principalement de méthane avec un taux de carbone très faible. Respectueux de l’environnement durant toute sa chaîne de production et d’acheminement, il émet en majorité de la vapeur d’eau et 25 à 30 pour cent de moins de dioxyde de carbone que les produits pétroliers.

Un atout pour un changement rapide

Afin de réussir la sortie planifiée du nucléaire à moyen terme et éviter une situation de pénurie, la Suisse aura besoin de solutions alternatives de production d’électricité. Les infrastructures de gaz naturel ont l’avantage d’être rapidement disponibles et peuvent facilement compenser l’électricité issue de l’éolien et du photovoltaïque qui n’est pas toujours disponible en quantité suffisante au moment opportun. Ainsi, il sera nécessaire de concevoir à l’avenir des installations de production d’électricité au gaz naturel souples et complémentaires, permettant de venir en appui des énergies renouvelables lorsqu’il n’y a pas de vent ou de soleil. Ensuite, le biogaz, produit à partir de déchets verts de ménages et de boue de stations dépuration, injecté dans le réseau de distribution, diminue encore la charge polluante. «Malheureusement, la biomasse de notre pays n’est pas suffisante pour imaginer qu’un jour la majorité ou la totalité du gaz sera du biogaz. Cela dit, la collaboration avec l’étranger rend l’importation de gaz neutre en CO2 possible», précise René Bautz. En outre, le gaz a la capacité d’être produit à partir d’un surplus de production énergétique. Ainsi, une surproduction d’électricité éolienne peut être transformée en gaz de synthèse puis être transportée dans une autre zone géographique ou momentanément stockée.

Des réserves abondantes

«D’après les estimations d’experts, nous avons encore des réserves naturelles mondiales de gaz conventionnel pour 60 ans d’utilisation puis des réserves de gaz non conventionnel (piégé ou de gaz de schiste) pour 250 ans», se réjouit le directeur général de Gaznat. L’approvisionnement suisse provient essentiellement d’Allemagne, de France et des Pays-Bas. Des contrats à long terme avec de grands opérateurs fiables garantissent la sécurité de la livraison. Une production helvétique est également en cours d’étude grâce, entre autres, au gaz naturel que l’on a découvert à Noville, au bord du lac Léman. Ensuite, des sites de stockage souterrain de gaz naturel ont été étudiés et seront probablement construits dans notre pays. Ils serviront de tampon entre loffre et la demande. Enfin, l’industrie gazière recherche actuellement des solutions pour diminuer et capter les rejets de CO2 dans l’atmosphère. D’importants progrès sont à prévoir dans les prochaines années. «A ce titre, le gaz naturel est réellement une solution d’avenir sur le très long terme», conclut René Bautz.