Une question simple pour commencer. Qu’est-ce que l’intelligence? Quel en est votre définition?

La racine latine d’intelligence rappelle qu’il s’agit de la capacité de faire des liens entre deux concepts qui étaient à priori distants. C’est l’histoire de la Lune et de la pomme de Newton. Il fait un lien brillant d’intelligence entre les forces qui agissent sur l’une et l’autre.

Vient alors la question de l’intelligence artificielle qui questionne à nouveau la définition même de l’intelligence. Qu’un algorithme puisse passer un test de QI, est-ce inquiétant ou incroyablement réjouissant? Dans cette question, de nombreuses opinions se font face.

Je suis d’avis alors que tout le monde a raison et tout le monde a tort. Il s’agit de faire, sur cette question notamment, la moyenne de tous les avis scientifiques afin de comprendre où se situe la vérité.

Alors, selon vous, le test de QI représente l’intelligence?  

Absolument pas. Le QI ne mesure qu’une part de l’intelligence. En biologie, l’intelligence est la capacité à résister à l’éradication. J’aime cette définition, elle nous ouvre de nouvelles manières de penser.

A ce titre, les rats dans Paris sont incroyablement intelligents. Malgré la bataille que toutes les autorités mènent depuis de nombreuses années, leur nombre continue d’augmenter. Plus fort encore, on sait aujourd’hui avec certitude que même une explosion nucléaire ne suffirait pas à éradiquer la totalité de la meute.

Tandis que, une intelligence artificielle même des plus développées est incapable de survivre seule durant quelques jours en pleine jungle.

Avec les rats, on parle là d’intelligence de la collectivité. Une intelligence de la société plus que de l’individu.

Oui et là encore, il y a des raccourcis à ne pas prendre. Une civilisation peut être extrêmement intelligente d’un point de vue scientifique sans l’être du tout d’un point de vue de la sagesse. L’intelligence humaine ne peut être estimée que sur un facteur, la prouesse technologique par exemple.

Assurément, l’intelligence humaine repose sur l’ambiguïté ou plutôt la capacité de l’intégrer. D’ailleurs, la mesure de la qualité d’une intelligence artificielle aujourd’hui, c’est sa capacité à intégrer l’ambiguïté.

Mais l’ambiguïté, ce n’est pas précisément ce qui sépare l’homme de la machine, l’intelligence naturelle de l’artificielle?

Oui. Lorsqu’il s’agit de vérifier si l’utilisateur d’un ordinateur est bien un «humain», on utilise ces fameux tests captcha. Il consiste à saisir une courte séquence visible sur une image, afin de différencier les utilisateurs humains d’éventuels robots malveillants. On y teste précisément la gestion de l’ambiguïté par le cerveau. La qualité de l’image, le floutage, les effets graphiques rendent ces lettres ou chiffres ambigus.

Mais puisque nous sommes capables de lire les lettres de façons différentes, nous réussissons ce test qu’un algorithme pas assez intelligent échouerait.

Alors, pardon d’insister, mais comment définit-on l’intelligence?

Avec tout ce que l’on vient de se dire. Il s’agit de faire des liens tout en intégrant l’ambiguïté. Notre destin est de nous connaître nous-mêmes. Notre histoire est structurée par la survie. Comprenez que, quelqu’un qui sait déjà ce qu’est l’objet de sa quête n’a pas compris qu’il est en quête.

Nous devons toujours chercher le Graal. Dans les quêtes intellectuelles, c’est une erreur classique de penser que l’on sait déjà de quoi on parle avant même de commencer à y réfléchir. C’est d’ailleurs ainsi que l’on définit un bigot. Quelqu’un qui pense déjà savoir ce qu’est Dieu avant même de se pencher sur la question.

Il s’agit alors de douter de tout?

Douter de tout ou tout croire, ce sont deux solutions également commodes, qui l’une et l’autre nous dispensent de réfléchir. C’est une phrase d’Henri Poincaré à laquelle je souscris. Il s’agit donc de vivre dans un doute médian.

Mais, après trois doctorats je ne me sens pas plus intelligent. L’intelligence, c’est aussi l’oubli ou le désapprentissage. Pour survivre, l’homme doit avoir un train de décision rapide. Le fait de prendre des décisions implique nos souvenirs et notre savoir. Mobiliser une quantité astronomique de savoir dans une décision, ce n’est pas bénéfique donc.

Comment expliquez-vous que votre intelligence si spectaculaire soit également si contestée ou critiquée sur internet? Vos diplômes sont régulièrement remis en question.

Sur internet, on doute de tout. A partir du moment où certains y pensent même que la Terre est plate, certains penseront aussi que je suis un imposteur. Cela s’explique, selon moi, par une dissonance cognitive.

Il est impossible à concevoir pour certains que quelqu’un a eu du plaisir à faire quelque chose qui a été pénible pour soi. Alors le cerveau prend une décision émotionnellement plus que rationnelle et remet en question l’information. Le commentateur moyen sur internet fonctionne ainsi et il n’est pas un prix Nobel en puissance. Il serait par contre bénéfique pour lui qu’il comprenne que le travail n’est pas forcément la souffrance et que l’on peut réaliser des tâches intellectuellement complexes avec un bonheur sincère et sans jamais souffrir.

Un seul fait demeure: je suis le seul intellectuel d’Europe à avoir publié la totalité de ses diplômes en ligne, et cela, c’est incontestable.