Constituer son 4ème Pilier

Actuellement, notre prévoyance retraite est composée de trois piliers dont deux obligatoires. L’AVS, on le sait, ne permet plus à personne de vivre décemment si vous avez la moindre envie de rester en Suisse. Le second pilier, on le connaît: plus les années passent, plus l’Etat met son nez dedans et plus les conditions sont restrictives et cela n’augure rien de bon pour les années à venir. Si vous prenez votre retraite dans plus de 5 à 10 ans, il paraît utopique que vous puissiez toucher à l’intégralité de votre capital, si vous en aviez l’intention. Et quand bien même, mis à part pour certains chanceux, ce n’est pas la rente du second pilier et de l’AVS qui suffira à maintenir un niveau de vie confortable.

Le troisième pilier est un ersatz de solution, limité par la taille, «défiscalisé» mais sous contrôle de l’Etat, ce n’est pas grâce à ça que le retraité – jeune retraité serais-je tenté de dire – pourra profiter des belles années qu’il lui reste. N’oublions pas que de nos jours, on vit plus longtemps. En 2016, l’espérance de vie moyenne était de 84 ans et c’est 6 ans de plus qu’il y a 20 ans. Ce n’est sûrement pas fini.

De plus, il est évident que la qualité de vie qu’une personne de 65 ans possède de nos jours n’a rien à voir avec ce que nous avions il y a plusieurs décennies. Tout cela nous amène à penser que si l’on veut s’assurer une retraite confortable, tout en essayant de conserver notre niveau de vie de préretraité, il vaudrait mieux commencer à s’en occuper nous-mêmes et cesser de penser que l’Etat prendra soin de nous.

La situation est préoccupante au point que certains politiques s’en mêlent. Nos parlementaires bernois n’ont pas oublié d’y penser. Récemment, certains ont commencé à formuler des solutions. Solutions qui passeront une nouvelle fois par le contrôle de l’Etat. Est-ce la seule manière de résoudre l’équation ou ne serait-il pas temps de nous apprendre à épargner de manière intelligente?

L’épargne a toujours été un pilier de l’économie suisse. L’Helvète a toujours su mettre de l’argent de côté et les banques ont participé au concept en distribuant des tirelires à chaque épargnant de plus de trois semaines. Pas un enfant suisse n’a grandi sans sa tirelire, sauf qu’en ce temps-là, les taux n’étaient pas ce qu’ils sont aujourd’hui et croire que les rendements des comptes épargne vont repasser la barre des 5% dans les années à venir est plutôt utopique.

Il est donc temps de prendre notre destin en main et une des pistes qui pourrait être explorée serait de commencer à éduquer les futurs retraités en partant du principe que toute personne qui rentre dans la vie active est un retraité en devenir. Si chacun d’entre nous est formé en conséquence pour faire fructifier son épargne, nous deviendrons non seulement plus autonomes et surtout, moins dépendants de l’Etat.

Si chacun se lance dans la construction de son quatrième pilier, l’Etat n’aura pas besoin d’y mettre son nez ni de réglementer la chose comme il l’a déjà fait avec le 3e pilier. Alors, appelons ça comme vous voulez: 3e pilier B, épargne ou 4e pilier, quelle importance, il n’y aura que le résultat qui comptera à la fin.

Il est évident que plus l’on commence tôt à préparer sa retraite, plus la retraite sera confortable; mais au-delà de l’instant T que nous choisissons pour mettre en place un tel plan, c’est surtout la stratégie et la discipline qui sera déterminante pour l’avenir.

La patience comme maître-mot

En premier lieu, il est important de bien distinguer le concept d’investissement à long terme et celui d’investissement boursier. Aujourd’hui nous ne disons pas qu’il ne faut pas faire de l’investissement classique, au contraire. Mais nous pensons qu’il est important de bien faire la différence entre trading et investissement. Si vous décidez d’acheter une action parce que vous avez la forte conviction que cette dernière va monter massivement ces deux prochains mois, c’est une manière de faire de l’investissement, mais cela ne résoudra pas l’équation de votre retraite.

Si demain vous décidez de prendre en main votre retraite, vous allez devoir commencer par mettre un plan de bataille en place. Il est important de commencer à se dire qu’il faut investir tous les mois un montant fixe dans un panier d’actions. Du même coup, il semble plus logique de passer par des fonds d’investissements qui vous permettent de vous diversifier du même coup. Ensuite, il faut recommencer le mois suivant, puis le mois suivant et tous les autres mois jusqu’à la retraite.

Expliqué comme ça, cela peut paraître simple, mais si vous appliquez cette méthodologie au cours des années à venir, le résultat vous surprendra. Nous n’allons pas vous assommer avec des chiffres au risque de vous perdre en cours de route, mais une chose est certaine: en diversifiant vos investissements sur une dizaine de titres, des sociétés solides qui paient des dividendes depuis toujours (ou presque) et qu’à chaque paiement de dividende vous réinvestissez dans le même titre, la performance de «dossier retraite» saura vous récompenser au travers des années.

Tout d’abord, vous achèterez régulièrement à des prix différents, ce qui «moyennera» votre prix d’entrée au travers des années. Puis, chaque dividende versé vous améliora également votre investissement de base. Et puis surtout, il faudra arrêter de lire la presse spécialisée, cesser d’écouter les sirènes qui vous vendent des investissements miracles ou qui vous prédisent la fin du monde. Si vous appliquez cette discipline de fer au travers de l’ensemble de votre carrière professionnelle, la surprise sera de taille.

Le plus gros problème auquel nous devons faire face au cours de nos carrières d’investisseurs, que ce soit professionnel ou amateur, c’est de garder le regard au loin et cesser – nous insistons fermement là-dessus – cesser de se laisser perturber par le «bruit» que font les marchés. En prenant du recul et sans aller chercher très loin, on peut facilement se rendre compte que «si l’on avait juste investi dans une action» sans se poser des questions le long du chemin, la réalité serait bien différente.

Prenons un exemple tout bête. Coca-Cola. Tout le monde connaît la société, tout le monde en consomme et personne ne mettra jamais en doute le fait que Coca-Cola sera toujours là dans trente ans. Actuellement, Coca-Cola paie un dividende de 3,5%. Cela fait 55 ans, sans discontinuer que le vendeur de soda augmente son dividende chaque année. Si vous aviez acheté le titre au lendemain du krach de 1987, vous auriez une performance de 1900% sur trente ans. Sans compter l’accumulation des dividendes. Alors imaginez si sur ce genre de valeur vous investissez tous les mois pendant trente ans.

Cet article n’a pas pour but de régler la situation du 4e pilier du jour au lendemain, mais il y a des solutions qui peuvent être mises en place facilement par le premier concerné: le futur retraité. Pour que l’on puisse envisager une amélioration de nos retraites à l’avenir, il semblerait une intelligent de passer par la «formation» des citoyens plutôt que de chercher des solutions alambiquées pilotées par l’Etat.

L’investissement long terme demande de la discipline, de la mise en place, mais pas forcément d’être en financier de génie.