Le secteur financier est fortement sollicité pour atteindre des objectifs de durabilité tels que ceux définis dans l’Accord de Paris pour le climat ou dans les Objectifs de développement durable (ODD) des Nations-Unies. Cette nécessaire transition vers une économie bas carbone mais aussi socialement plus inclusive exige une croissance significative des investissements correspondants.

Finance durable: des approches multiples autour des enjeux sociétaux et environnementaux

Les investissements qui prennent en considération des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) afin d’engendrer un impact positif à long terme sur la société peuvent être considérés comme faisant partie de la finance durable. Cela va de l’approche basée sur l’exclusion des sociétés jugées non conformes aux critères liés au développement durable; à l’approche best-in-class qui consiste à sélectionner les meilleures entreprises dans chaque industrie; ou encore l’impact investing qui finance de manière spécifique des projets environnementaux ou sociaux.

Il n’y a pas d’approche unique de la finance durable, mais une diversité de déclinaisons avec des objectifs d’impact ESG différents. Ce qui peut être perçu comme un domaine peu standardisé est en fait le résultat d’un processus d’innovation permanent du secteur financier dans son rôle d’intermédiaire entre les détenteurs d’actifs (caisses de pension, fondation, assurances, épargne privée) et les besoins de financement de projet à valeur ajoutée durable pour la société.

Forte progression des stratégies d’exclusions sous la pression des détenteurs d’actifs

Le secteur financier a dû répondre aux besoins spécifiques des investisseurs, voulant voir leurs valeurs reflétées dans leurs investissements en exigeant des stratégies d’investissement qui excluent:

  • les entreprises qui sont considérées comme actives dans des domaines sensibles (armes non conventionnelles, armement classique, tabac, énergie nucléaire). En Suisse, cette stratégie est appliquée à 132 mia d’actifs en 2016, avec une progression de 157%
  • ou qui font l’objet de graves controverses liées aux droits humains, au respect de l’environnement et des conventions internationales. Cela concerne 82 mia d’actifs en 2016 en Suisse, avec une progression de 260%.

De plus, les accords de Paris sur le climat ont mobilisé les investisseurs qui, à l’instar de la caisse de pension des fonctionnaires fédéraux (Publica) ont décidé d’exclure les entreprises actives dans l’extraction du charbon ou qui recourent de manière intensive au charbon dans la production d’énergie électrique. Cette accélération des initiatives de désinvestissement des émetteurs les plus nocifs de gaz à effet de serre est appliquée de manière de plus en plus massive par des investisseurs européens (fonds norvégien), ainsi que par des banques commerciales. C’est une tendance forte au niveau mondial (6000 milliards de USD annoncés à fin 2017) mais encore faiblement thématisée en Suisse, même si des campagnes de plus en plus insistantes demandent par exemple à la BNS d’aligner ses investissements sur les objectifs climatiques de la Suisse.

Forte progression des investissements d’impact: la finance innove

  • Obligations vertes (green bonds): le nouvel outil de financement de la transition énergétique

La bonne surprise des deux dernières années a été l’intérêt grandissant des détenteurs d’actifs envers les obligations vertes, émises par des émetteurs privés ou publics et qui s’engagent à utiliser les montants levés vers des projets respectueux du climat et de l’environnement. Les émissions de green bonds ont dépassé les 130 milliards de dollars en 2107, contre 81,6 milliards l’année précédente. Ces titres séduisent les investisseurs en raison de leur utilité, puisque ces derniers auront la certitude que leurs fonds financeront des projets qui favorisent la lutte contre le changement climatique, mais aussi en raison de leur transparence, les émetteurs étant tenus de rendre compte de l’impact des investissements. Soulignons qu’en Suisse cette thématique commence à émerger avec l’émission par le canton de Genève en 2018 de deux obligations vertes pour financer des bâtiments à haute performance énergétique.

  • Obligations à impact social (Social Impact Bonds): première percée en Suisse

Les obligations à impact social sont aussi une innovation importante qui a fait son apparition en Suisse. En effet, le CICR a créé la toute première «obligation à impact humanitaire» afin de transformer la façon dont les services essentiels destinés aux personnes handicapées sont financés dans les pays touchés par des conflits. Les fonds levés, 26 millions de francs suisses serviront à construire et à faire fonctionner pendant cinq ans trois nouveaux centres de réadaptation physique en Afrique (au Nigeria, au Mali et en République démocratique du Congo), qui fourniront des services à des milliers de personnes.

Au niveau mondial, la taille de ce marché est estimée à 114 milliards de USD et a le potentiel d’atteindre 2000 milliards.

L’Europe: leader mondial de la finance durable

C’est en Europe que se recense la plus grande partie des stratégies de finance durable (8700 milliards de USD) avec une croissance importante, loin devant les Etats-Unis (3740 milliards USD).

La Suisse avec des encours totaux de 191 milliards à fin 2016 (+ 190%), progresse rapidement et l’enquête 2017 de SSF en cours confirme de nouveau cette forte progression. La Suisse peut légitimement envisager de devenir un des centres financiers parmi les plus importants pour la finance durable.

Jean Laville, Directeur adjoint, Swiss Sustainable Finance