Qu’en est-il de la situation immobilière à Genève pour ce qui relève de l’accession à la propriété?

Même si la tendance actuelle est à un tassement des prix grâce à une intense activité de construction des dernières années, il est aujourd’hui encore difficile de trouver des objets immobiliers sur le marché libre à moins de 10 000 francs le m2.

La faute est due à un marché encore en déséquilibre, ou l’offre ne permet pas de satisfaire une demande très importante, notamment de la classe moyenne. Il faut donc être relativement fortuné pour pouvoir prétendre à l’accession à la propriété de tels logements sur le marché libre. Face à cette situation, de nombreuses familles de la classe moyenne se tournent vers le canton de Vaud ou encore, vers la France voisine où les prix sont nettement plus accessibles.

Pour combler les besoins de nos habitants, il est important de pouvoir répondre à cette demande et offrir de nouveaux logements à la vente (PPE) à des prix accessibles.

Vous faites référence aux zones de développement?

Parfaitement, la zone de développement est une spécificité genevoise offrant une opportunité unique pour la classe moyenne d’accéder à la propriété. Dans notre canton, les terrains voués à densification sont déclassés en zone constructible pour l’habitat.

Le Grand Conseil a alors la possibilité soit de les déclasser en zone ordinaire (marché libre), soit en zone de développement, là où les prix sont contrôlés.

Comment se définissent-elles?

Ce sont des zones où les biens immobiliers répondent à certains critères avec un plafonnement des prix de sortie afin qu’ils répondent aux capacités financières de la population, et plus particulièrement à celles de la classe moyenne.

En ce sens, Genève est l’un des seuls cantons qui dispose d’un «outil» qui permet de contenir les prix à des niveaux inférieurs de 30% à 40% par rapport au marché libre. Malheureusement, la tendance de l’Etat est de vouloir «bourrer» cette zone de développement de logements sociaux, au détriment de la classe moyenne qui souhaiterait aussi pouvoir se loger, que ce soit dans du logement locatif non subventionné ou dans des appartements en propriétés à des prix raisonnables. Il s’agit là d’une dérive.

Pouvez-vous nous donner un exemple concret des types de prix?

Le prix des nouvelles constructions en zones de développement oscille entre 6000 et 7000 francs le mètre carré. Ainsi, le prix moyen d’un appartement de 100 m² sera de 650 000 francs, auxquels il faut ajouter environ 10 000 francs de droits de mutation et frais de notaire. Les acquéreurs doivent apporter 20% de fonds propres, dont la moitié peut provenir du 2e pilier. C’est donc une aubaine pour les familles de la classe moyenne. La demande explose et l’on recense une trentaine de dossiers déposés pour un appartement mis en vente. L’offre de ce type de logements est donc clairement insuffisante et l’Etat devrait le prendre en considération dans ces planifications.

30 à 40% de moins que les prix du marché, c’est quand même conséquent. Il doit bien y avoir un perdant ou alors, y a-t-il une économie sur la qualité des matériaux?

Un effet peut se faire sentir sur le prix du terrain, mais en compensation de l’effort consenti, le propriétaire du terrain se voit offrir des appartements à libre disposition dans les futures nouvelles constructions.

En ce qui concerne la qualité des matériaux, il faut savoir que les nouvelles constructions sont soumises à des normes très strictes. Elles doivent par ailleurs afficher un bilan énergétique efficient. Il n’y a donc pas d’économie sur la qualité des matériaux. D’un point de vue fiscal, les communes sont également concernées, puisqu’en facilitant l’accès à la propriété sur son territoire, elles peuvent ainsi contenir l’exode d’une certaine tranche de contribuables.

EV: Pourquoi assiste-t-on aujourd’hui à un tel engouement de devenir propriétaire?

PA: L’accession à la propriété est le meilleur moyen pour les familles de se prémunir contre l’érosion des 1er et 2e piliers et ne pas payer un loyer dans le vide. Etre propriétaire, c’est aussi la possibilité de léguer un bien à ses enfants, ce que ne permettent pas les coopératives d’habitation.

Quels types de constructions et de logements  sont concernés par ces zones de développement?

Ces 3 dernières années, 55% de logements sociaux ont été construits en zone de développement. C’est trop, car cela se fait au détriment des logements pour la classe moyenne qui n’a pas la possibilité d’entrer dans du logement social. Pour maintenir une bonne mixité sociale, les logements sociaux ne devraient pas dépasser 20% des périmètres concernés.

Y a-t-il des conditions pour pouvoir acheter un bien immobilier en zone de développement?

La loi exige que l’acheteur réside dans son logement nouvellement acquis pour une période minimale de dix ans; cela permet de garantir que ces logements sont bien destinés à des familles de la classe moyenne qui en ont besoin.

Finalement, les futurs propriétaires ont tout à y gagner

Oui, pour autant que l’Etat veille à une offre suffisante. La nouvelle loi pour le développement du PAV, soumis à votation populaire le 10 juin prochain, prévoit un minimum de 62% de logements sociaux sur les terrains de l’Etat et 0% de PPE en pleine propriété.

C’est incompréhensible car l’Etat lui-même reconnaît que la classe moyenne est la grande oubliée du logement de ces dernières années. Le PAV serait pourtant l’occasion rêvée pour notre canton de construire enfin pour la classe moyenne. Le 10 juin prochain, c’est l’occasion de dire stop à cette dérive en votant non à la loi.