Malmö, Tübingen, Vauban, Grenoble ou encore Zurich, le phénomène des écoquartiers poussent un peu partout! Effet de mode ou véritable révolution urbanistique, en quoi consistent ces nouvelles formes d’habitats? Ulrick Liman, responsable de la section des bâtiments durables au service du logement et des gérances de la Ville de Lausanne, répond.

Avant de parler des écoquartiers proprement dits, il est nécessaire d’expliquer en quoi se distingue ce type de projet. Tout d’abord, il s’agit d’accompagner le processus par une démarche participative associant les habitants; en fait, sans leur implication ces projets ne pourraient tout simplement pas voir le jour. 

Par définition, continue l’expert, l’écoquartier que l’on préfère nommer aujourd’hui quartier durable, est un processus global appliqué à un périmètre suffisamment important pour permettre un traitement complet et cohérent de l’ensemble des objectifs de développement durable. Ces nouveaux projets de société découlent d’une série de réflexions menées dès la phase de planification; réflexions qui sont sans cesse animées par la double ambition d’obtenir un équilibre entre les aspects sociaux, économiques et environnementaux tout en adoptant une vision à long terme. 

Pourtant précise M. Liman, tout quartier ne peut prétendre au titre de quartier durable. Ces nouveaux espaces urbains doivent tout d’abord définir une ligne directrice et satisfaire à des critères bien précis. 

Quels sont ces critères exactement? L’outil national «Quartiers durables by SméO», fruit d’une étroite collaboration entre l’OFEN, l’ARE, le SDOL, le Canton de Vaud et la Ville de Lausanne est accessible gratuitement depuis mai 2011 sur www.quartiersdurablesbysmeo.ch. Cette aide à la décision constitue un véritable fil rouge pour la construction de quartiers durables. On favorisera par exemple la densification urbaine, tout en respectant l’équilibre entre les espaces construits et les espaces naturels ainsi que la diversité architecturale. Les matériaux de construction à faible énergie grise seront privilégiés et mis en œuvre selon un concept constructif simple et offrant une flexibilité d’utilisation. Toutes ces mesures permettront de réduire grandement l’impact carbone du quartier. 

Au même titre que la durabilité est un concept transversal, un quartier de ce type doit traiter l’énergie de manière globale. Un quartier durable devrait donc atteindre les performances d’une société à 2000 Watts en réduisant de manière cohérente les consommations en énergie non renouvelable tant pour le chauffage que les matériaux, mais aussi pour l’électricité et surtout la mobilité. En complément, et dans une optique de traitement cyclique des ressources, la gestion des déchets est déterminante. Prévoir des zones de compostage et des sites accessibles, voire conviviaux, dédiés au recyclage est une mesure incontournable.  

«Un aspect central de la vie dans un quartier durable, précise l’intervenant, est la présence de lieux de rencontre vecteurs de convivialité et créateurs de liens sociaux». Pour éviter l’écueil de certains quartiers considérés comme «bobo», il faut par ailleurs assurer une mixité sociale, intergénérationnelle et culturelle en diversifiant par exemple l’offre en logements. Enfin, pour obtenir un quartier vivant toute la journée, viser une mixité fonctionnelle en réservant suffisamment de surfaces dédiées aux activités et aux services de proximité est essentielle (centres sportifs, crèches et écoles, commerces, etc.).

Enfin, un quartier ne saurait être durable sans traiter les questions de mobilité avec attention. «Parce que le droit à la mobilité est essentiel dans notre société, mais parce que c’est aussi un impact déterminant du point de vue environnemental», explique M. Liman. Ce type de quartiers devrait donc offrir une alternative efficace à la voiture individuelle tout en prenant les mesures d’aménagements déconditionnant le recours systématique à ce mode de transport : prévoir des parkings centralisés pour que les transports publics soient plus proches de la majorité des logements, privilégier les zones 30 ou 20 km/h à l’intérieur du quartier, réaliser un maillage des différents réseaux de mobilité douce idéalement connecté aux transports publics, sont autant de mesures apportant les conditions cadres permettant d’influer sur le comportement en termes de déplacement. 

Finalement, si les enjeux d’un quartier durable sont maintenant mieux identifiés et impliquent de prendre en compte un certain nombre de mesures, il n’en reste pas moins que chaque quartier est le fruit d’une réflexion fine et concertée qui garantit d’aboutir à des quartiers uniques possédant leur propre identité.