Comment évolue la consommation énergétique en Suisse? 

Cette consommation augmente… En 2010, de 4 %. Les principaux facteurs macroéconomiques influents sont la croissance économique, l’évolution démographique et la rigueur du climat. Notre produit intérieur brut a augmenté de 2,6 % en 2010. Les estimations démographiques vont vers une augmentation de 0,9 %. Enfin, les températures plus froides ont engendré une augmentation de 12,7 % des degrés-jours de chauffage par rapport à 2009. Il faut savoir que, dans un ménage, environ 10 % de l’électricité sont utilisés pour le chauffage. Si cette évolution continue, il faudra produire toujours plus, et cela peut devenir un problème.

 

Le programme SuisseEnergie entre dans une nouvelle ère; pourriez-vous nous en dresser les principales étapes?

Nous nous souvenons de Monsieur Ogi lançant dans les années 1990, un programme Energie 2000 visant à réduire la consommation de l’énergie. Puis en 2001, le programme SuisseEnergie lui a succédé jusqu’en 2010. Nous entrons désormais dans une nouvelle décennie, avec comme objectif de changer un peu le programme et d’entrer dans une période de projets. Le travail important des 10 dernières années nous a permis d’avoir maintenant une bonne structure avec des partenaires bien formés. Jusqu’à maintenant, associations et agences avaient reçu des fonds avec des objectifs bien déterminés à atteindre. Désormais, nous demandons à nos partenaires de venir avec un projet et nous sélectionnerons les meilleurs d’entre eux, avec un contrat à la clé. Le Conseil fédéral a pris cette décision afin de tirer profit de la concurrence et de la grande innovation qui caractérise notre pays. Nous sommes dans une phase de transition, nous ne pouvons changer d’une année à l’autre et devons faire preuve de patience. Mais mes collaborateurs de SuisseEnergie ont pour mission de bien communiquer avec nos partenaires pour que ce nouveau système se mette en place et que les partenaires comprennent qu’ils peuvent avoir plus de projets financés que par le passé, s’ils font preuve d’innovation.

 

Quelle est la durée de ces projets?

La durée de financement de ces projets s’étendra de quelques mois à plusieurs années, selon le projet et ses objectifs. De 2 mois à 3 années environ. Certaines stratégies nécessitent d’avoir du temps. Il ne faut pas toujours attendre des effets immédiats. Par exemple, si l’on prend un des projets phare de SuisseEnergie: Mobility. Ce projet a été très soutenu à son début pour l’initier. Puis, quand le programme a été mûr, qu’il a fonctionné et qu’il a été bien établi sur le marché, avec des effets remarquables en matière d’énergie, nous nous sommes retirés et avons passé le relais aux acteurs partenaires. C’est également le cas du programme MINERGIE, qui a permis d’avoir de nos jours beaucoup de bâtiments MINERGIE. C’est maintenant bien établi et l’option MINERGIE existe pour chaque nouveau projet immobilier. Nous devons avoir le courage d’investir dans des projets qui n’auront pas de conséquences immédiates et mesurables. Nous devons travailler aussi pour le futur. C’est un peu comme avec les enfants: il faut beaucoup investir et s’investir au début, sans forcément voir des résultats tout de suite!

 

Comment SuisseEnergie procède-t-il pour assurer la pérennité d’un programme et de ses actions?

Souvent, la Confédération va éditer des mesures et des lois, mais il ne faut pas systématiquement tout légiférer. Il est important également d’agir auprès de la population avec des incitations. Avec une communication de qualité et soutenue, le travail de fond, à long terme, peut ainsi aboutir sur des changements de comportements de chaque concitoyen. C’est là que SuisseEnergie agit, très efficacement. Ceci est fondamental en matière de consommation d’énergie, et le programme lui-même doit être mis en avant, davantage que les mesures de lois. Parfois même, il n’y a pas de bases légales.

 

Quelles sont les priorités du nouveau programme Suisse­Energie?

Ce qui reste important pour nous, ce sont les bâtiments. Nous avons déjà énormément travaillé avec l’établissement de nombreux labels, mais il y a encore beaucoup à faire. Nous travaillons depuis quelques semaines sur un programme de durabilité des bâtiments et nous avons d’ailleurs mis au concours un label de durabilité avec des standards très précis. Par ailleurs, une autre piste est la mobilité. La grande majorité de l’énergie consommée est fossile, essentiellement pour le chauffage et la mobilité. Depuis toujours, les gens ont passé le même temps pour leur mobilité, mais comme les moyens de mobilité ont changé au cours des siècles, les distances ont beaucoup varié. Il faut travailler sur une modalité de mobilité intelligente car mobilité et qualité de vie sont très étroitement liées. En analysant les comportements, nous pouvons voir que certaines formes de mobilité permettent une bonne qualité de vie, d’autres moins. Il y a beaucoup à faire dans la communication avec la population et pas seulement lui «imposer» des choses, mais aussi venir dans le cœur des gens.

 

L’industrie reste-t-elle un des fers de lance de SuisseEnergie?

Oui bien sûr! Il s’agit d’une priorité, en particulier l’efficacité des procédés industriels. La Suisse est très bien placée et reconnue sur l’échiquier mondial pour la qualité de ses innovations. L’inventivité des hommes est fascinante, presque illimitée, et je pense qu’il faut communiquer dans ce sens et encourager les entreprises. Notamment les PME qui ne sont pas toujours informées des nouvelles avancées technologiques. Mais pour finir, j’aimerais préciser que nous encourageons le travail en réseaux, en système: il est évident que le bâtiment, la durabilité et l’énergie sont étroitement liés.

 

Quelles sont les conséquences de l’après-Fukushima au niveau de la politique énergétique suisse? 

Clairement, la sortie du nucléaire. Nous y travaillons avec deux pistes importantes: les lois et nouvelles prescriptions, et les incitations et changements de comportements. SuisseEnergie a mis en place une solide structure pour tous ces moyens, et le budget est également disponible. Il est assez facile d’augmenter ce budget si la Confédération le décide. Pour les lois, cela est plus difficile car il faut souvent passer par une consultation et tout un processus législatif qui prend du temps. La sortie du nucléaire doit s’envisager sur plusieurs décennies afin de satisfaire la demande de consommation énergétique tout en maîtrisant les coûts pour nos concitoyens. L’économie est prête pour le futur, mais il faut donner maintenant le signal qu’il faut changer le système et répondre aux besoins énergétiques. Nous devons planifier les 30 prochaines années au niveau des ressources énergétiques pour une sortie du nucléaire efficace.