Avec la crise financière et la crise économique, s’annonce une troisième crise: la crise énergétique. Les trois crises sont interdépendantes. Ce n’est que grâce à l’abondance quasi illimitée du pétrole, que l’économie a pu croître autant un événement historique unique. Cette énergie surpassait tout concept possible et imaginable, elle semblait non seulement illimitée par son abondance mais aussi facilement disponible par son prix trop bon marché. Ceci a mené à la construction de maisons nécessitant chauffage et réfrigération, au développement de véhicules lourds transportant trop souvent seulement une personne et à l’encouragement de chaînes de production d’envergure énergétique trop importante – un jean, par exemple, se fait tisser avec du coton chinois en Turquie, tailler au Kazakhstan et est vendu avec une fermeture éclair italienne dans le monde entier.

La pénurie des ressources énergétiques, telles que le pétrole, le gaz, le charbon et l’uranium, ainsi que les risques liés à la technologie nucléaire et la production de déchets qui en découle, nous contraignent à nous réorienter – l’avenir se trouve dans le renouvelable! Nous devons surtout apprendre à vivre de manière plus efficace. Nous devons faire comprendre à nos enfants que tout n’est pas illimité, ni disponible tout le temps; de fausses promesses auxquelles nous avons voulu croire trop longtemps. 

Reste que nous avons de la chance! Nous avons les solutions sous la main et pouvons agir. Par exemple pour la fin du nucléaire: il est possible d’en sortir d’ici 2025 avec un peu d’effort, voire en 2035 sans grandes ambitions. C’est ce que démontrent les nouveaux scénarios calculés par la Fondation suisse de l’énergie SES en collaboration avec d’autres organisations environnementales*. Pour les deux scénarios, l’efficacité énergétique est d’une importance primordiale. Le potentiel énorme peut, entre autres, être atteint par des directives pour les appareils électriques et une taxe d’incitation sur l’électricité. Le reste peut sans autre être fourni par les énergies renouvelables indigènes. 

Le photovoltaïque va jouer un rôle particulièrement important. En Allemagne, lors des dix dernières années, la production photovoltaïque s’est développée d’un facteur 200 (de 0.06 à 12 TWh en 2010). En Suisse, la part d’électricité solaire dans le réseau électrique a aussi augmenté, mais reste aujourd’hui au-dessous de 1 % de la production totale (0.08 TWh en 2010). Cela doit changer! Jusqu’en 2025 nous aurons besoin de 12 TWh par année. Il suffirait d’un bon tiers de la surface des toits suisses pour couvrir ces besoins. Cet investissement est aussi un avantage économique: pendant que le prix du nucléaire ne cessera d’augmenter à cause des directives de sécurité plus sévères et du temps d’amortissement très long, les coûts du photovoltaïque vont baisser drastiquement. Les installations les plus récentes produisent de l’électricité pour un prix de revient de 25 centimes le kilowattheure. Il y a quatre ans, le kilowattheure coûtait encore 80 centimes.

La sortie du nucléaire n’est pas seulement un investissement dans la sécurité de la population et de l’environnement, mais surtout une chance à saisir pour une économie nationale suisse durable et des postes de travail dans le domaine de l’écologie. Par ailleurs, il est indispensable de réorienter la politique de l’énergie. Les calculs de la SES montrent que ce n’est pas une question de faisabilité ou de potentiel, mais seulement une question de volonté politique. Plus nous poserons des jalons rapidement, moins longtemps nous devrons vivre avec les risques du nucléaire. Le tournant énergétique peut commencer!

 *Greenpeace, WWF, ARTE et Pro Natura