Dans le cadre de la stratégie énergétique 2050, un effort des consommateurs est-il attendu?

Oui, il y a deux grands champs dans lesquels le consommateur peut être actif: la production d’énergie et l’efficacité de son utilisation. Il est évident que le premier point dépend du bâtiment ainsi que de sa situation qui rend possible ou non l’installation de panneaux solaires. En ce qui concerne l’efficacité énergétique par contre, tous les citoyens peuvent veiller à l’isolation de leur habitation ainsi qu’au choix des appareils. Pour ce faire, l’information sur l’efficacité des produits peut être améliorée afin que le consommateur ne renonce pas à son confort mais simplement consomme plus intelligemment.

Concernant la consommation d’énergie, en quoi le quotidien des locataires ou des propriétaires sera-t-il modifié d’ici 2050?

Dans notre vision, un nouveau comportement va se mettre en place. Il permettra d’économiser de l’énergie, encore une fois sans toucher au confort des usagers. Par exemple, si vous habitez un bâtiment MINERGIE®, vous n’avez plus besoin d’ouvrir les fenêtres le matin pour aérer et vous économisez ainsi de l’énergie. L’arrivée des technologies intelligentes pour le chauffage changeront aussi notre manière de vivre en adaptant, entre autres, la température ambiante à la présence ou non d’êtres humains dans la maison. En outre, des évolutions technologiques encore imprévisibles auront lieu d’ici là. C’est pour cela que notre stratégie est mise en œuvre étape par étape.

En quoi les économies d’énergie seront-elles facilitées et encouragées pour les consommateurs d’ici 2050?

En mettant sur le marché des appareils performants au point de vue énergétique (étiquette-énergie A), et en informant le consommateur (publicité, journaux, brochures). On peut aussi encourager le consommateur via des soutiens financiers (Programme Bâtiments) pour qu’il rénove sa maison afin de consommer moins d’énergie. 

La diminution de la quantité d’énergie consommée implique-t-elle une diminution des coûts pour les consommateurs?

Il est clair que chaque kilowattheure non consommé est autant d’argent économisé. Mais, il faut dire ouvertement que les coûts de l’énergie vont inévitablement augmenter ces prochaines années, et ceci indépendamment de la stratégie énergétique suisse. C’est une grande probabilité concernant les énergies fossiles et c’est une possibilité pour le courant électrique. Dans l’absolu, la diminution de la quantité consommée permettra plutôt de ne pas augmenter les coûts actuels que de les diminuer d’une manière drastique.

La production d’énergie de source renouvelable coûtant davantage que celle produite actuellement, ne risque-t-on pas une diminution du pouvoir d’achat?

A long terme non. Durant la transition énergétique, c’est une éventualité surtout pour les ménages qui n’ont pas anticipé les économies d’énergie. C’est aussi pour cette raison que nous faisons de la sensibilisation aujourd’hui. Nous voulons encourager un changement immédiat afin qu’il se passe dans la douceur et avec un minimum de contraintes. Un autre point est important, nous dépensons aujourd’hui plus de 30 milliards de francs annuellement pour l’énergie et 80 % de ce montant part à l’étranger, surtout pour le pétrole. A l’avenir, ces sommes vont rester davantage en Suisse et cela créera de nouvelles places de travail ainsi qu’une plus-value qui aura une influence positive sur notre économie.

Les principales mesures légales concernent le domaine du bâtiment. Les petits propriétaires ne risquent-ils pas de peiner lors de la construction de leur logement?

L’investissement sera effectivement un peu plus important et il pourrait aussi avoir une influence sur les loyers. Mais cela sera compensé par la réduction des charges.

Concrètement, quelles installations seront obligatoires?

Il faut distinguer les bâtiments anciens des nouveaux. Pour les nouveaux, il n’y a pas d’obligation mais plutôt des interdictions établies au niveau cantonal. Par exemple, les chauffages électriques classiques ne sont plus autorisés. Concernant les anciens bâtiments, il n’y a pas non plus d’obligation de rénovation mais nous désirons davantage encourager financièrement les propriétaires à le faire (subventions via le Programme Bâtiments).

Le Conseil fédéral désire développer un système de compteurs électriques intelligents, de quoi s’agit-il? Quel sera leur impact?

Il s’agit de compteurs qui ne relèvent pas seulement l’énergie consommée, mais qui permettent aussi de piloter diverses installations de manière intelligente. Au final, il n’y aura pas forcément une économie d’énergie mais il deviendra possible d’utiliser le courant en fonction de sa disponibilité dans le réseau. Par exemple, vous mettez le linge le matin dans la machine à laver et le système choisira lui-même le meilleur moment pour se mettre en marche. C’est avec cette coordination intelligente que nous pourrons optimiser l’utilisation globale de nos ressources.