Bref, les trains partaient à l’heure. Et puis, un beau jour, au mois de mai 2011, suite à une catastrophe nucléaire au Japon, le gouvernement helvétique décida de sortir du nucléaire et de se passer ainsi de 40 pour cent de sa production d’électricité. Un virage à la corde.

La nouvelle politique énergétique 2050 est ainsi née avec son lot d’incertitudes. Il ne s’agit pas d’être pour ou contre cette nouvelle stratégie, mais de préciser comment la réaliser concrètement. Et c’est là que le bât blesse. Analysé froidement, le programme que Mme Doris Leuthard nous propose est-il réaliste?

Par exemple, la baisse de consommation. Postuler, comme le fait la Confédération, que notre consommation d’électricité va stagner puis baisser nous paraît assez incertain. Depuis 20 ans, notre consommation d’électricité augmente de 1 à 2 pour cent chaque année. Et tout porte à croire que cette hausse va se poursuivre. Le nombre d’habitants va continuer d’augmenter en Suisse. Les appareils électroniques sont certes moins gourmands en électricité mais beaucoup plus nombreux (plusieurs ordinateurs portables, TV, frigo, climatiseurs, téléphones portables par foyer). Et enfin, des énergies fossiles (pétrole, mazout, gaz et charbon), on assiste à un heureux glissement vers l’électricité, notamment pour la mobilité (voitures, vélos, train). L’efficacité énergétique signifie souvent remplacer un système gourmand en fossile par un petit moteur électrique.

Un moyen pour atteindre ces objectifs très ambitieux serait de mettre en place une économie planifiée basée sur des taxes, des réglementations et des interdictions et non sur la liberté d’entreprendre. Un pays ouvert qui vit de ses échanges peut-il s’isoler, faire cavalier seul en matière énergétique? Certainement pas. Les effets négatifs d’une telle position seraient considérables.

Ambitions

Ce numéro spécial aborde notamment la place du gaz naturel dans la société d’aujourd’hui et dans la politique énergétique 2050. Il pourrait jouer un rôle clef dans des projets comme celui de Chavalon (VS) et de Cornaux (NE). Mais ces projets se heurtent à de fortes oppositions des voisins et des écologistes à cause des rejets de CO2. La plupart des parcs éoliens ou solaires sont aussi combattus avec force dans notre pays. Des hausses de couronnes de barrages sont impossibles. Sans parler des lignes à haute tension qui provoquent l’ire des riverains. Les espérances de Berne en matière de nouvelles énergies se heurtent ainsi à un phénomène de société, facteur d’immobilisme, l’opposition systématique. La clé pour débloquer le processus n’est pas encore trouvée, hélas! Tout le monde est pour les énergies renouvelables, mais pas dans son jardin. Conscientes que ces objectifs extrêmement ambitieux risquent de se heurter à un mur d’opposition, nos autorités proposent de réduire les droits de recours en faveur d’un intérêt national. L’idée semble bonne mais elle se heurte aux droits démocratiques et provoque déjà une forte levée de boucliers.

Enjeux

Si les objectifs de la Confédération pour remplacer à terme le nucléaire devaient se révéler téméraires, il n’y aurait alors plus d’autre alternative que l’importation d’énergie nucléaire française pour combler l’insuffisance de production indigène. Encore faut-il que la France reste nucléaire – c’est assez hypocrite de le souhaiter – et espérer que les autres pays voisins ne feront pas le même calcul. Sinon, le nucléaire français risque bien de ne pas suffire, particulièrement les jours de grand froid sur le continent, aux heures de pointe. Et dans tous les cas, à quel prix!

La Suisse a besoin d’un mix énergétique intelligent, fiable, sûr et à un prix supportable. Il n’est pas raisonnable que ce virage énergétique se fasse au détriment de nos entreprises et de nos empois qui souffrent déjà du franc fort et de la crise européenne. Ce débat passionnant ne fait que commencer. Il devra avoir lieu, sérieusement, sans mensonges, pour que les citoyens puissent en cerner les enjeux et se prononcer en votation populaire en connaissant tous les effets des décisions proposées. Les articles de cette brochure contribuent au débat.