Pourquoi pensez-vous quil est essentiel de communiquer aujourd’hui au grand public la vision énergétique 2050 du Conseil fédéral? 

D’après moi, il ne s’agit pas simplement de la stratégie du Conseil fédéral, mais plus globalement de la vision de tout notre pays au sujet de sa manière de produire puis de consommer l’énergie. Par conséquent, il est essentiel que le grand public soit bien informé et puisse lui-même s’interroger. Puisqu’il est clair qu’on aura besoin de l’ensemble des acteurs de la société pour changer la situation actuelle, il faut que les gens se sentent réellement concernés. Je pense donc que c’est le bon moment pour communiquer à ce sujet en vue des objectifs importants fixés à l’échéance 2050. 

 

Certains points ne sont-ils pas trop techniques pour être entièrement compris par tous? 

C’est vrai qu’il y a beaucoup de questions qui ne sont pas accessibles à tous. La thématique de la construction n’intéressera, par exemple, que les actuels ou futurs propriétaires. Il en va de même, entre autres, pour les informations au sujet des moteurs qui ne concerneront que les automobilistes. Notre but est donc d’éclaircir au maximum tous les sujets et de tenir ces informations à la disposition de tous ceux que cela intéresse. 

 

Les objectifs énergétiques fixés pour 2050 reposent-ils en partie sur l’espoir d’évolutions technologiques dans la production issue des énergies renouvelables? 

Non, pas vraiment. Concrètement, nous avons pris en compte dans notre prévision l’aspect de l’évolution normale et prévisible de chaque technologie. Nous nous attendons notamment à des améliorations dans l’efficience des moteurs de voitures. Cela dit, nous n’avons pas besoin de révolutions ou de coups du hasard dans la recherche pour atteindre nos objectifs. En clair, nous avons fait nos calculs de manière conservatrice. Nous aurons donc probablement quelques bonnes surprises qui nous faciliteront le travail. Il en va de même pour les espoirs de coopération internationale. Si, entre temps, la communauté européenne définit des standards pour des biens importés, on en profiterait et cela améliorerait encore un peu nos prévisions. 

 

La production de courant photovoltaïque devrait se multiplier par 70 d’ici 2050. Faudra-t-il construire de gigantesques parcs de panneaux solaires? 

Pas du tout. Actuellement, environ 120 GWh d’électricité solaire sont produits chaque année, ce qui signifie que moins d’un pourcent du potentiel technique offert par les surfaces des bâtiments est exploité. Le potentiel inexploité disponible pour les installations photovoltaïques dans la zone à bâtir est donc encore très important. En outre, les surfaces situées en territoire urbanisé présentent l’avantage de disposer déjà des équipements d’infrastructure nécessaires. La priorité doit donc être donnée au développement de cette source d’énergie dans les territoires constructibles et sur les constructions existantes.

 

Si le développement des nouvelles sources d’énergie était freiné, existerait-il un risque de devoir réinvestir provisoirement dans le nucléaire? 

Il s’agirait d’une décision politique, mais nous aurions de toute façon les moyens techniques d’éviter un retour vers le nucléaire. D’abord, en construisant des centrales à gaz temporaires. Ensuite, en cas d’urgence ou de situation de pénurie momentanée, nous pourrions importer une partie de la production électrique. Cependant, j’aimerais le souligner encore une fois, si nous le voulons, nous réussirons le tournant des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique.

 

Le paquet de mesures énergétiques prend-t-il en compte une diminution de la consommation? 

Il faut effectivement être clair sur ce sujet; nous n’attendons pas une diminution de la consommation électrique. Au contraire, nous prévoyons une augmentation encore jusqu’en 2020. Ensuite, l’objectif sera la stabilisation de la consommation. Mais dans le cadre de la stratégie énergétique 2050, nous ne parlons pas uniquement d’électricité mais bien plus de mesures efficaces ciblées sur l’ensemble de la consommation. Nous attendons aussi un léger changement de comportement de la population, mais qui ne se traduira pas par une privation. Dans un bâtiment aux normes Minergie, par exemple, le système d’aération se fait souvent tout seul et les habitants ne doivent plus ouvrir les fenêtres durant de longues heures au cours de la journée. De toute façon, le confort est exactement identique dans les deux cas. 

 

Avez-vous déjà évalué l’impact économique helvétique de ce changement de stratégie énergétique? 

La charge économique existera, c’est vrai. Cela dit, il faut la relativiser. Elle paraît minuscule comparée aux coûts de la Santé, par exemple. En plus, c’est une opportunité d’investissement pour une réduction future des coûts d’énergie des entreprises. D’après nos projections, il n’y aura pas de perte de position concurrentielle. En outre, on ne peut pas oublier que le fait de continuer comme aujourd’hui entraînerait également des coûts élevés.