Quelle serait votre définition de la smart city idéale? 

La digitalisation touche toutes les structures de nos sociétés, notamment les villes. Cette révolution technologique a fait émerger le concept de «villes intelligentes», plus efficientes et plus confortables, pour le bien être du citoyen.

C’est la création de bien-être pour le citoyen en minimisant les ressources grâce à une combinaison intelligente des infrastructures et des données.

Décrivez-nous cette ville intelligente ?

Chaque ville et chaque territoire ont leurs spécificités. Les attentes de Lausanne, Genève, Neuchâtel, Sion, Fribourg sont différentes, tout comme pour des villes plus rurales ou alpines, plus orientées agriculture ou tourisme.

Il y a aussi des dénominateurs communs, notamment dans la bonne gestion des infrastructures. Le numérique peut et doit permettre d’optimiser le tout, par exemple avec une gestion dynamique de l’éclairage, des déchets, de l’énergie, du trafic, une meilleure connaissance du territoire, et surtout le croisement des données et informations générées, pour une meilleure vision de l’ensemble.

Ce concept de ville du futur est-il réalisable en termes de technologie?

Cette ville du futur est déjà là via de nombreuses initiatives, en Suisse et à l’étranger. Il suffit de regarder les projets de Singapour ou de Sondgo en Corée du Sud, les ruptures technologiques de la Silicon Valley, ou encore plus près de chez nous les villes de Lyon et Dijon.

C’est pour cette raison que nous invitons chaque année des villes étrangères au Smart City Day, pour proposer des approches inspirantes. La Suisse romande prend un certain retard sur le sujet, et le challenge n’est pas tant technologique, mais plutôt organisationnel. A l’ère du numérique, quel modèle de développement souhaitons-nous pour nos villes? Il nous faut construire notre propre vision.

Avez-vous des exemples concrets d’avancées significatives dans ce domaine?

Un exemple médiatique est l’essai de navettes autonomes; on comprend très vite comment la technologie et le numérique peuvent créer de nouveaux modèles de développement. Il y a beaucoup d’autres projets moins visibles qui font vraiment sens, comme l’initiative du Système d’Information du Territoire à Genève (SITG): des partenaires publics ont mis en place une plate-forme permettant de coordonner, centraliser et diffuser largement les données relatives au territoire.

Au niveau du mobilier connecté: Crans-Montana vient d’acquérir de nouveaux lampadaires connectés permettant une meilleure gestion de l’éclairage, avec caméras et haut-parleurs. Les technologies se croisent et se connectent, avec une meilleure gestion.

Comment se positionne la smart city face à la transition énergétique?

Le thème de l’énergie est clairement central dans le développement de villes plus intelligentes, c’est l’un des sujets les plus avancés. Le label Cité de l’énergie en est l’illustration, le poste de délégué à l’énergie en est un des rouages, et la transition énergétique a été votée par le peuple Suisse.

Ce qui manque dans le domaine de la smart city est l’équivalent : une personne référente pour la révolution numérique, pour les projets transverses digitaux, la gestion des données et autres thèmes connexes. Cela catalyserait beaucoup d’initiatives. Autre comparaison : dans le secteur économique, beaucoup de grandes entreprises ont un poste de « Chief Data Officer ».

Quelle serait la place des citoyens dans ces cités de demain, très automatisées et robotisées?

En tant que «consommateur / producteur» de services, le digital permet de développer une économie plus horizontale, comme l’illustre AirBnB, Uber, BlaBlaCar, etc. Je suis intimement convaincu que la même tendance se met en place pour le citoyen, qui pourrait alors se réapproprier son espace, son quartier, sa ville. L’automatisation permet d’optimiser les processus et de rendre l’ensemble plus efficient.

En tant que citoyen, ce qui est encore une fois le plus important est de construire notre vision: que souhaitons-nous comme cité de demain?

En quoi l’open data et les données sont des éléments essentiels à ces smart cities?

Il y a actuellement une très forte dynamique open data chez nos voisins français: l’Etat a légiféré pour encourager les villes à prendre position. On voit de nombreux projets se mettre en place, et celui de la ville de Dijon sera présenté au Smart City Day.

Cela permet de favoriser l’émergence d’un écosystème et développer sa propre communauté. C’est mettre en place un environnement, un terreau propice à l’innovation urbaine et digitale, et stimuler le développement d’une ville plus intelligente, ainsi que l’économie et la création de valeurs territoriales. Nous nous réjouissons d’en débattre lors du Smart City Day 2018.