Comment le développement durable et les technologies vertes s’intègrent dans la stratégie de l’EPFL?

Je dirais que cela se fait de deux manières:

D’une part, avec la science fondamentale et appliquée dont découle la technologie. Prenons l’exemple des énergies renouvelables, avec les cellules photovoltaïques, l’éolien ou les smart grids qui permettent la gestion intelligente de l’énergie et dans lesquels l’EPFL est très active. Ces domaines – technologiques et scientifiques – sont très proches des questions environnementales.

D’autre part, l’EPFL est un campus de 11 000 étudiants et 5000 collaborateurs, soit une une «ville» qui peut progresser vers une économie durable. Il y a d’ailleurs, dans l’administration de l’EPFL, une cellule durabilité qui fait de la recherche dans cette direction-là, utilisant le campus comme un laboratoire à échelle d’une petite ville. Et puis, c’est aussi en montrant le bon exemple à nos étudiants que nous allons avoir un effet positif sur eux.

Et justement, comment la technologie peut-elle aider l’écologie?

La question environnementale dépasse de loin le cadre technologique. Il faut aussi penser à l’insertion dans l’économie de marché en général et dans la société. Ce n’est pas parce qu’une technologie est intéressante qu’elle sera forcément adoptée. L’EPFL ne peut donc pas résoudre le problème, toute seule dans son coin. Nous sommes à la source de l’innovation, avec d’autres instituts, et notre rôle est de fournir des technologies. Tout en cherchant le dialogue avec la société, pour favoriser les transformations nécessaires vers une société durable.

A quelles grandes avancées peut-on s’attendre?

Vous savez, tout le monde aimerait trouver la solution miracle et que cela résolve le problème, mais malheureusement ça ne marche pas comme ça. Si l’on prend l’exemple du réchauffement climatique, lié au CO2 dans l’atmosphère: même si maintenant, tout de suite, on arrêtait d’en produire, il en reste dans l’atmosphère à un des plus hauts niveaux que l’on ait connus depuis des dizaines de milliers d’années. Les effets sont donc encore présents. Il n’y a pas de solution miracle.

Et puis, il n’y a pas de solution qui ne nécessite pas un changement d’habitude de vie et de consommation. C’est pour ça que le sujet est dans l’ADN de la société et touche tous les aspects de la vie. La technologie est un des volets, nous n’avons pas l’arrogance de penser que nous – EPFL – allons résoudre la question. Il faut qu’il y ait une réflexion fondamentale sur le sujet.

Justement, comment faites-vous pour avoir cette dimension globale?

Nous collaborons avec d’autres entités et, sur le campus, nous avons beaucoup de projets interdisciplinaires. Ces questions environnementales ont rarement des réponses qui ne touchent qu’un seul domaine scientifique ou technologique.

Il y a notamment la participation de l’EPFL – avec d’autres partenaires – au Solar Decathlon avec le NeighborHub. Un superprojet dans lequel 250 étudiants de différents domaines – l’architecture, les sciences de l’environnement, le génie civil, mais aussi des ingénieurs électriciens et mécaniciens – se sont investis. La Haute école d’ingénierie et d’architecture de Fribourg, l’école de design, la HEAD, de Genève et l’Université de Fribourg ont également collaboré avec nous et apporté leur savoir-faire. Nous avons besoin de ces connaissances complémentaires pour rendre nos technologies attractives.

Il y a d’autres grands projets en cours de réalisation?

Je peux vous citer l’EPFloop, qui cherche des réponses aux émissions de CO2 liées à la mobilité. Remettre sur la table l’idée du Swissmetro qui avait été lancée il y a longtemps, est intéressant. Puisqu’il s’agit d’un transport en commun, à haute vitesse, avec un minimum d’impact écologique.

Il y a un autre projet qui est un défi pour nous. L’EPFL va analyser son empreinte écologique pour viser – à un horizon raisonnable – d’être CO2 neutre. On constate que l’impact du campus est réparti à parts égales entre son fonctionnement quotidien, la mobilité pour y accéder et la mobilité professionnelle, comme les déplacements en avion. Et c’est un peu pareil dans notre vie privée. Il faut donc agir sur plusieurs axes.

La formation est aussi une partie de la solution?

Oui, les gens qui s’intéressent à la question du développement et de l’économie durable ont aussi des possibilités – en faisant des études d’ingénieurs – d’avoir un impact positif. Il ne faut pas opposer les technologues et les autres acteurs de la société. Nous sommes tous dans le même bateau. Une des manières d’agir, c’est donc aussi de s’impliquer dans des projets de type sciences de l’ingénieur ou sciences de base.