Il y a cinquante ans, nul n’aurait pensé tremper le petit doigt dans l’Aar tant cet affluent du Rhin était pollué. Aujourd’hui, des milliers de baigneurs s’en donnent à cœur joie dans une eau presque aussi propre à Berne qu’à sa source au Gothard.

A l’origine d’une telle révolution écologique, souligne M. Plan, il y a toute une chaîne d’acteurs sans lesquels rien n’aurait été possible. Qui sont-ils? Et sur quel paradigme s’appuient-ils pour nous offrir un environnement propre et durable?

Ecologique par nature

Depuis la prise de conscience écologique des années 80, la Suisse est mondialement reconnue comme faisant partie des pionniers en matière de développement durable. D’aucuns s’accordent à dire qu’il s’agit d’abord et avant tout d’un état d’esprit collectif respectueux de l’environnement; un écosystème où tout le monde est impliqué; de la Berne fédérale à Monsieur et Madame Tout-le-monde en passant par les cantons, les milieux entrepreneuriaux, les services industriels, les sociétés de transports publics et la finance.

Notre interlocuteur emploie les termes «ADN de la Suisse» pour caractériser l’origine d’un modèle écologique qui permet de limiter considérablement notre impact environnemental grâce, notamment, à l’utilisation de ressources naturelles comme la biomasse, le vent, le solaire et l’eau.

Les cleantechs ont le vent en poupe

Tous ces acteurs, nous explique M. Plan, forment une véritable chaîne de l’innovation et du développement durable. Les PME et les start-up, par définition flexibles et ultra-réactives, jouent un rôle important dans la dynamisation et le maintien de cet élan environnemental. Elles en sont les courroies de transmission.

L’expert cite en exemple le développement des technologies propres comme les panneaux photovoltaïques qui permettent à des bâtiments de devenir des véritables centrales énergétiques locales.

L’éclairage public à base de technologie LED connaît aussi une expansion sans précédent. Il souligne par ailleurs le rôle prépondérant des services industriels et aussi des sociétés de transports publics qui commencent à proposer des courses multimodales et 100% écologiques. Ces dernières pouvant inclure, pour un seul et même trajet, de multiples moyens allant du train au vélo en passant par le bus, le tram, le métro et, dans un avenir proche, un réseau de véhicules urbains électriques autopilotés.

La finance «verte»

Aucun projet, si honorable soit-il, ne pourrait voir le jour sans financement. Et si la stratégie énergétique 2050 s’est donnée pour mission de réduire les émissions de gaz à effet de serre, elle devra nécessairement être soutenue financièrement. Pour mémoire, dans les années 80, la Suisse a lancé les premiers fonds d’investissement durables sous l’impulsion Lombard-Odier.

Par la suite, d’autres initiatives de ce genre ont vu le jour à l’image de la coopérative ONE CREATION et aujourd’hui, Genève peut s’enorgueillir d’accueillir le Financial Centres for Sustainability (FC4S); soit le Centre mondial des investissements durables et des fonds éthiques.

Une nouvelle ère

Nous sommes entrés, nous explique notre interlocuteur, dans un deuxième cycle incarné par des personnes emblématiques comme Bertrand Piccard avec Solar Impulse, Raphaël Domjan, initiateur du projet «SolarStratos» et le non moins célèbre navigateur et aventurier Yvan Bourgnon qui s’est donné pour mission de développer une flotte de catamarans-dépollueurs d’océans.

Ces hommes d’exception sont les porte-drapeaux de l’engagement environnemental. Et lorsqu’ils œuvrent de concert avec la classe politique, tous les acteurs de la chaîne écologique sont aspirés dans leur sillage. On assiste alors à de très belles avancées, aussi bien technologiques qu’au niveau de la gouvernance.   

Une boucle vertueuse

On parle aussi beaucoup aujourd’hui du concept d’économie circulaire où, pour prendre un exemple, les déchets d’une entreprise pourraient servir de matière première à une autre, avec pour corollaire une valorisation des ressources. On évite ainsi le gaspillage et l’appauvrissement de la planète.

La mobilité en ligne de mire

Si l’on veut démontrer à la population ce qu’il se passe et vers quoi nous devons nous diriger, M. Plan nous invite à regarder du côté de la mobilité puisque chaque jour une bonne partie de la population est confrontée à l’engorgement des villes et des principaux axes routiers. Là aussi, une chaîne d’acteurs commence à proposer des solutions fonctionnelles et structurelles pour réduire le taux de CO2 dans l’atmosphère.

On y trouve des applications visant à fluidifier le trafic, comme par exemple celles de la société Parquery qui permettent d’identifier les places de parcs libres à proximité de l’endroit où l’on se trouve; les sociétés de gestion des bornes de recharge électrique telle que Green Motion; les P+R périurbains; les navettes propres en zone piétonnes, comme celle de La Poste en ville de Sion; les sociétés de gestion de véhicules autonomes; et plus encore…

Du conseil spécialisé

Le développement durable passe aussi par le conseil énergétique. Ainsi, des sociétés très impliquées sur les écoquartiers se donnent pour objectif d’étudier le comportement des consommateurs et de les accompagner dans la démarche écologique.

A plus grande échelle, il en va de même pour les grosses entreprises de production. Stignergy permet par exemple une gestion intelligente de leur parc de machines et d’éviter les pics de consommation, avec pour conséquence, une réduction significative de la facture d’électricité.

Un avenir prometteur

Pour conclure, M. Plan nous laisse comprendre qu’il vient de dresser un aperçu global et non exhaustif de la démarche écologique helvétique et qu’en l’état, la Suisse fait partie des nations les plus avancées en la matière.