Je consomme beaucoup, presque sans interruption. Je dois acheter tous les produits alimentaires que je ne fais pas pousser dans mon petit jardin. Alors que mon armoire déborde et que le shopping me stresse, j’ai régulièrement de nouveaux habits.

Sans consommer d’électricité, je ne fais plus rien. J’ai un vélo pour aller au travail et des skis de randonnée pour aller décompresser dans la nature. Je possède une machine à café, deux abonnements à des journaux et un tapis de yoga.

Avez-vous déjà essayé de compter tous les objets dans votre appartement? Rien que dans ma petite salle de bains j’en trouve des centaines, et dans mon trois-pièces j’arrive à un nombre à 5 unités. 10'000 machins, qui encombrent ma vie et polluent l’environnement!

Participer à quelque chose de grand me rend plus heureuse et un peu plus courageuse

En tant que consommateur, je ne fais qu’occasionner des dégâts. Je produis 700 kilos de déchets par année. Pour ma consommation de viande, on fait pousser du fourrage au Brésil pour les bovins suisses, au lieu de haricots ou d’autres plantes vivrières. Je participe au fait qu’en Suisse nous consommons 50% de ressources en plus que ce qui est effectivement disponible.

Je connais les critères pour une consommation environnementalement et socialement responsable – Local! Bio! Moins de viande! Commerce équitable! Eviter le CO2! La qualité avant la quantité! – pourtant, comme beaucoup de monde, j’ai de la peine à les suivre de façon conséquente. En restant seule tout du moins.

Evidemment, je ne suis pas responsable de l’injustice de l'économie ou de l’influence grandissante des grandes entreprises. Je suis en colère lorsque j’apprends qu’une marque produit délibérément des objets qui s’usent trop rapidement. Je me méfie de la publicité qui nous fait croire qu’acheter plus rend heureux. Mais je reconnais qu’elle a une influence sur moi.

Pour le psychologue américain Martin Seligman, les gens sont heureux lorsqu’ils s’engagent ensemble pour quelque chose de grand. Personnellement, j’aspire à un monde capable d’avoir un avenir au-delà de la consommation et de la contrainte de la croissance.

C’est possible! Partout sur la planète, les hommes essaient de réinventer l’économie: les monnaies locales, l’économie sociale et solidaire, les bourses d’échange, l’agriculture biologique, les coopératives, les énergies renouvelables et décentralisées, et bien d’autres choses encore.

Cela peut parfois être dangereux, notamment lorsque des entreprises transnationales s’approprient des terres et des populations avec la complicité des Etats. Il est donc important que ces différents îlots d’espoir se mettent en réseau.

Ce n’est pas encore un mouvement global, mais de plus en plus d’organisations, de partis, de groupements et de personnes s’engagent pour des valeurs comme l’environnement, la solidarité et la justice.

Participer à quelque chose de grand me rend plus heureuse et un peu plus courageuse. De mon expérience, j’ai appris qu’il y a plus de plaisir à manger à plusieurs d’autant plus si les légumes ont été cultivés et récoltés ensemble.

Cela fait longtemps que je n’ai plus envie de tomates en hiver. Et le fait d’habiter une coopérative m’a enseigné que je n’ai pas besoin de beaucoup d’espace personnel, si je peux user des espaces communs.

J’expérimente aussi de petits actes de subversion dans ma vie personnelle. Pour ma machine à café, j’achète du café bio et équitable que je mets dans une capsule réutilisable en métal, au lieu de gaspiller du plastique. Je me fais plaisir et le café est meilleur.

Et un jour, j’en suis sûre, j’arriverai à me libérer de tous ces objets. J’offrirai ma machine à café et la majeure partie des 10 000 trucs qui traînent dans mon appartement, car ils ne me servent plus à rien.